A écouter:
Précaire T’
Précaire tu es/précaire tué
Arpenter la précarité
Précarité : fragilité, incertitude, insécurité, instabilité…
Ce terme de précarité s’entend de plus en plus, à mesure que s’accroit la masse des laissés pour compte : au bord du chemin, dans les rues, sous les ponts, aux 4 coins du monde ; laissés pour compte -comme une marchandise quand elle ne satisfait pas aux conditions-, mis au ban, dé-insérés, à la marge ; à mesure que s’accroit la précarisation du travail, l’ubérisation, la succession de cdd en lieu et place de cdi…Processus de précarisation généralisée des vies comme tendance sociétale.
Mais même s’il s’agit d’un nouveau symptôme sociétal, effet du changement radical de l’organisation sociale, de la question du/des Commun(s), des liens et relations sociales, de la place de l’individu et de l’organisation des institutions…ce qui m’importe est bien d’essayer d’en penser les effets subjectifs. En gardant comme axe de réflexion la double aliénation dont parlait Oury « L’aliénation est double : -l’une, dans la lignée théorique de Freud, puis Lacan, par l’entrée du sujet dans l’ordre du langage et la problématique du désir ; l’autre, dans la lignée théorique de Marx, dans l’entrée du sujet dans l’ordre social »[1]. Articulation entre l’individu/le singulier et le collectif, le politique.
Les termes précaire, précarité revêtent des aspects et réalités très différentes, d’où la nécessité qui s’impose de tenter de préciser à chaque fois de quoi nous parlons. Qui est précaire, qui ne l’est pas ? À quel niveau se situe la précarité ? Politique, économique, familiale culturelle ? Partielle, totale ? Parler de précarité, (comme de tout évènement) ne peut être entendu, « traité » indépendamment des conditions dans lesquelles elle se développe, in situ. D’où l’importance encore et toujours, même si on ouvre quelques questionnements « généralistes » de revenir ensuite à l’écoute du singulier, loin de toute psycho pathologisation. Car à situation « identique », comment chacun vit-il sa situation, « sa » précarité ? « Qu’en fait-il » ?
Je continuerai donc d’essayer d’avancer, à petits pas, dans un questionnement de type « phénoménologique » afin de dégager quelques traits saillants de la clinique de la « grande précarité » en particulier, en essayant d’éviter toute généralisation qui autoriserait un amalgame de tout ce qui fait symptôme. Car « même reniée, la subjectivité reste toujours présente »[2]. La diversité des réponses, réactions à des situations similaires de fragilité, vulnérabilité, rend compte de dispositions psychiques de survie très divergentes dans la clinique, qu’il importe de prendre en compte et ne pas écraser dans des généralisations abusives.
Quels points communs, entre la précarité vitale, « naturelle »[3], commune à tout humain,- dont nous avons beaucoup parlé dans le séminaire sur l’impuissance- , les précarités partielles, et la précarité « totalitaire » ou « traumatique, en ce qu’elle attaque, fragilise, voire détruit ce qui permettait au sujet de maintenir son inscription dans le monde »[4] En quoi penser la première peut-elle nous aider à penser les effets subjectifs des précarités socio-économiques et politiques et surtout les effets subjectifs de la précarité « totalitaire » ou « traumatique ». Les penser non pas en extériorité mais en situation. Les penser mais surtout accueillir, recevoir et cheminer à la marge avec les personnes « à la marge de la marge »[5]. Je reprends là différents points concernant « la grande précarité » et ses effets – ou du moins certains d’entre eux – mis en avant par un certain nombre d’auteurs. Certains passages ont déjà été évoqués lors des séances précédentes.
Pour les Juguetes Perdidos (Buenos Aires) : « La précarité est totalitaire quand elle est le sol de tout ce qui se montre pour vivre… Quand elle prend et agit sur la totalité de la vie, quand il n’est pas possible de se tenir debout sur d’autres surfaces qui structurent et que ce qui reste alors est la contingence d’un au jour le jour…Toute chose peut démonter le fragile équilibre quotidien, et les affronter te rend gardien et propriétaire de ta vie, une individualité paranoïaque et solitaire, tout flux devient un risque vital. Précarité totalitaire parce qu’elle inonde toutes les facettes de la vie… ; il s’agit d’une mobilisation permanente de la vie. Tout peut s’effondrer à tout moment ». Ils parlent alors de terreur animique, parce qu’« alors même que tu fais tout pour soutenir ta vie, tout peut s’effondrer à tout moment, exposant à des-exister, à être au fond dans une chute très puissante ». Pour décrire cette vie, ils parlent de vie mule. « La Vida Mula est cet enchainement de tous ces éléments précaires, éléments qu’il ne faut pas penser seuls (si chaque élément pouvait être réglé tout irait) mais qui fabriquent un continuum. Comment couper, interrompre même momentanément ce continuum ? Quelles échappées possibles ? » se demandent-ils[6].
Pour Furtos (cité là par L.Ott)[7]: la précarité est une tendance soutenue, une pente naturelle qui pousse progressivement celui qui la subit à de plus en plus de solitude et d’isolement. Elle est invasive et attaque littéralement leurs capacités à vivre, à entreprendre, à se risquer, et les pousse vers de plus en plus d’enfermement et de sédentarisation. Elle envahit la totalité de l’expérience de vie et génère une tendance « irrépressible à aller vers toujours plus de précarité ». La précarité a une formidable propension à l’autodestruction. On peut se demander quel rapport entretient-elle avec la jouissance et la pulsion de mort ?
Pour Laurent Ott[8] : « La précarité conduit à un désarrimage du corps social- à la dérive vers un processus d’exclusion ». « Le précaire ne peut se sortir de la précarité par lui-même exactement de la même manière qu’un individu plongé dans les sables mouvants ne s’aurait s’appuyer sur aucun bord pour se dégager ». « Il ne peut être son propre recours. Et il ne sert à rien de vouloir l’activer. Le traitement social à base d’incitations à l’activation de soi-même, à la mobilisation, au projet obligatoire, ne fait que renforcer l’échec du précaire, qui ne peut ni ne pourra, par définition y faire face ». « La précarité absorbe tout, et génère la peur (réalisation auto performative) sur le mode de la contagion renforcement qui fait que de façon générale, les précaires pour lutter contre leur propre précarité, d’ordinaire la renforce (agitation vaine qui prend tout le temps, l’espace, et épuise) ».
L.Ott illustre la dynamique de la précarité par deux métaphores : « Soit le trou noir au sens de l’astrophysique, de cette matière ou antimatière qui ne prend pas particulièrement de place au début mais qui grossit et absorbe progressivement tout ce qui entoure ; soit la roue crantée, de la crémaillère, qui empêche tout retour en arrière et assigne un sens unique à la progression ». « Dans tous les cas, il faut de l’Autre, c’est-à-dire une intervention extérieure, une organisation qui supporte et sécurise une telle entreprise. Il faut une source d’énergie extérieure qui ne se réduira pas au développement du pouvoir d’agir des individus concernés ou de leur hypothétique mobilisation » « Le précaire n’a pas besoin de plus d’autonomie, de compétences ou de pouvoir (…) Il n’a pas besoin de plus de lui-même, mais au contraire de « plus d’autre », de plus de liens, et même de plus de relations de dépendances positives ». [9]« Au précaire il ne faut pas plus de soi-même quand c’est soi-même qui part » – le Je parT de Roland, – « il faut de l’autre dans une présence qui dure, fiable, pour barrer la pente des dégringolades »[10].
Winnicott écrivait : « Ce qu’on attend de nous, c’est qu’il soit possible de dépendre de nous ». Ce « droit à la dépendance » ou demande de dépendance est à l’extrême opposé des injonctions à l’autonomie et la responsabilisation de soi !
Sylvie Quesemand-Zucca[11] enfin, parle d’une clinique du retrait psychique comme fait clinique nouveau. Retrait progressif dû à une douleur existentielle : douleur faite de ruptures, de cassures. Quand la survie se fait « au prix de la perte de l’identité progressive » Les grands précaires sont en général « brisées, épuisés, atomisés ». Ils semblent « s’exiler de la scène du pathos et des émotions en partage, en signifiance et en adresse. Dans bon nombre de situations, il est plus juste de parler de psychisme en souffrance – (et non de souffrance psychique) – tant la plainte et l’indignation ont déserté les logiques et les styles des paroles et de silences. Un psychisme en souffrance… « En souffrance » : nous connaissons le jeu de mot dû à Lacan qui soulignait que ce qui serait en souffrance serait comme une lettre recommandée en souffrance à la poste, elle attendrait que quelqu’un vienne s’en occuper, qu’on vienne la retirer et la lire, enfin »[12].
Mais pour aller la chercher, avoir suffisamment envie de la chercher, cette lettre, de la lire, de la déchiffrer, il faut « transférer sur »[13], car de demande, il n’y en a plus. Transférer sur, aller vers – en corps et encore-, « être au front » avec, auprès des jeunes que nous avons accompagnés, aura été un de nos axes de travail. Sans cette dynamique, pas de rencontre possible. « Ballader, se balader, être baladé » par et pour les jeunes. Sortir, aller où ils sont, les chercher ; résister à leurs résistances à faire des liens, les rencontrer, résister à leurs destructions ; s’en préoccuper toujours et même quand ils disent qu’il n’y a pas besoin de se faire du souci pour eux. Fabriquer un terrain de confiance, qui leur permette de se risquer à d’autres choses que ce qu’ils font habituellement. Il me semble que la seule manière (je ne sais pas si c’est la seule façon, mais je n’en vois pas d’autre) pour les psychanalystes de travailler avec eux, s’ils veulent, c’est d’être avec eux dans la vie quotidienne (aller au commissariat, chez le médecin, dans la rue, prendre un café, faire le ménage…), tout en écoutant, le blabla, les cris, les insultes…Il y a beaucoup de blabla, peut-être en attente, sans le savoir, d’être entendu[14].
Mais alors, ces jeunes confiés par l’ASE, « incasables », « extra-ordinaires », « hors du commun », à entendre au sens littéral, non insérés selon les référentiels dominants, à la marge, au bord de l’exclusion sont -ils précaires ? Au-delà du fait que leur situation se fragilise beaucoup au passage de leur majorité (50% des jeunes 18-25 à la rue sont des jeunes sortant de l’ASE, sans entours familiaux, amicaux fiables), je dirais plutôt : Non.
Jeunes de Visa-Vie et « grands précaires » ont toutefois en commun, d’être habités par la rupture[15]. Mais là où pour les seconds, elle vient faire irruption sur un terrain le plus souvent et en apparence suffisamment stable, entrainant celui qui la vit dans l’abîme, elle est présente très tôt dans la vie des premiers (souvent de façon incompréhensible). Là où les seconds sont dans une douleur de la perte, perdent progressivement tout au point de perdre pied, les plus jeunes ont comme ils le disent souvent « déjà tout perdu ». La question d’un « dé portage » ou d’un « laissez tomber – trop tôt »[16] marque souvent les débuts de leur vie, entamant la possibilité de faire confiance, de se fier à. Dé-tenus, trop tôt !
« De toute façon, j’ai rien à perdre moi » (du moins le croient -t-ils ?). N’ayant rien à perdre, rien ne compte pour eux, tout leur est plus ou moins indifférent, ils ne calculent rien ni personne, et pensent ne compter pour et sur personnes.[17]. (En fait ils pensent ne calculer personne, là où on peut faire au contraire l’hypothèse que pour eux il y a trop d’A/autre en permanence). Un des enjeux aura été pour certains de leur permettre de gagner quelque chose, qu’ils aient quelque chose à perdre. Mais perdre, risquer de perdre (parfois la face) peut être douloureux, et certains préfèrent ne pas se risquer du tout. Être indifférent, ne pas ressentir, ne pas être touché… (« touché/coulé ») vaut mieux qu’une douleur actualisée qui risquerait de raviver celle des ruptures et pertes initiales.
Les jeunes que nous aurons accompagnés ont la force, un savoir d’expérience, la débrouille de ceux « qui sont tombés dedans petits », qui ont l’habitude, n’ayant connu que ça, de faire avec. Ils savent marcher en eaux troubles, dans des « marécages nauséabonds » (R.Léthier). Et en ces temps de précarisation généralisée, ils ont sans doute à nous apprendre. Mais leur positionnement rigide face aux autres, leur principe d’insoumission et leur discours de certitude[18] – (ils savent tout, mieux que quiconque tout le temps, ce qui les met dans une position rigide, « paranoïaque », face à l’autre) conditions nécessaires pour leur survie, barrent ou à tout le moins rendent extrêmement difficile, toute possibilité d’insertion sociale au sens large.
Autre point de rencontre : la question de la précarité -ou plutôt ses effets me semble poser la question de la mouvance ou de l’effondrement des sols – et fait ressurgir autrement la question de la « déssolation » néologisme introduit par Roland Léthier. Comment marcher sur un sol mouvant, comme un terrain incertain qui peut se dérober à tout moment et vous engloutir ? Un sol se dérobe –ou pas de sol au départ. Dans les deux cas, la désolation n’est pas loin ; avec son lot de solitude et de désarrimage au social.
Avec la précarisation croissante comme « nouveau sol » il est peut-être venu d’apprendre à marcher et avancer autrement, de ne plus s’attendre à marcher tout le temps en terre ferme. On ne marche pas de la même façon, avec la même aisance selon le type de sol : rocailleux, sablonneux, boueux, glissants… dans un désert de sable, dans le froid et la neige… Sur certains chemins il vaut mieux être à plusieurs, parfois en cordée. Marcher, dessiner de nouveaux chemins. Apprendre de ceux qui marchent déjà sur des terrains qui nous semblent difficiles, qui savent repérer les failles, les trous, sortir des sables mouvants (l’attitude à adopter est contre intuitive.[19]… La boussole de Visa-Vie et ses points cardinaux qui auront guidés notre pratique peuvent servir au-delà de notre pratique, car elle a été conçue pour marcher en terrain incertain « au bord du précipice ». Et la psychanalyse a toute sa place là, de par sa méthode…pour zoner dans ces terrains mouvants.
La marge, les marges. Travailler à la marge, dans la marge avec lesdits « marginaux ».
-La marge : un espace blanc laissé autour ou simplement d’un seul côté d’un texte manuscrit ou imprimé : un espace qui permet des annotations, des commentaires, des dessins, des enluminures… Un espace de liberté par rapport à l’intérieur de la page. Pour les dispositifs « à la marge » une liberté d’inventivité, de créativité, par rapport aux institutions bien labelisées, protocolisées.
-La marge : un écart entre une limite (espace, temps, quantité) absolue et une autre qu’on se donne pour disposer d’un délai, d’une quantité supplémentaire : Marge de sécurité, pour qu’il y ait du jeu…
-La marge : grand ou petit gain ; différence entre le prix de vente et le prix d’achat ; gagner un peu, beaucoup, passionnément…
-La marge : l’espace situé en périphérie de quelque chose, étymologiquement : margo et marka : bordure et frontière — porosité des frontières qui permet des allers retours quand des murs ne sont pas dressés…
Vivre en marge : en dehors, à l’écart, mais pas sans rapport à… Ce n’est pas (nécessairement) une mise au ban. « Il y a des marges qui sont des objets de mode, le mode = un conformisme, un suivi de la marge. Mais il y a des marges dans la
marge, des marginalités qui ne peuvent être récupérées par
aucune mode. »[20] Ce sont celles qui nous concernent.
Dans la marge, on est encore dans la page, voire la marge met en valeur la page. (cf par dessin de Kafka, enluminures…) …
Sur un document numérique nous avons la possibilité de choisir l’épaisseur de nos marges mais quand on ne laisse pas assez de marge sur un document numérique au moment de lancer son impression, il sera notifié que « certaines marges se trouvent au-delà de la zone imprimable de la page ». Ainsi, si les marges sont trop étroites, une partie du document pourrait ne pas s’imprimer. Si de fait, ce document est une image, une partie de l’image sur la marge n’est pas imprimée (souvent laissant une petite marge blanche autour imposée par l’édition). Si le document est un texte alors cette marge blanche imposée peut rendre le texte illisible, effaçant une partie des mots. Il faut donc pour l’impression respecter une marge même minime pour que le texte ou l’image soit lisible dans son entièreté. Et que ce passe -t-il quand la marge augmente et occupe de plus en plus de place dans la page ? (Précarisation généralisée comme mode d’organisation sociétale, augmentation en masse des précaires).
À l’inverse, la progressive disparition de la marge conduit à l’expulsion, voir à l’extinction. Fin du dispositif Kairn de par la fermeture des hôtels qui, à la marge, permettaient aux jeunes d’être inscrits quelque part. On peut penser aussi à Bartleby[21]qui à chaque « I would prefer not to – je préfèrerais ne pas » voit sa marge rétrécir jusqu’à l’hospitalisation et la mort.
Marge et non marge de la page sont dans une certaine dialectique qui peut permettre de penser autrement que dans un rapport d’inclusion/exclusion, de dedans/dehors. Mais attention à l’extrémité extérieure de la marge, qui un pas de plus, peut faire chuter définitivement de la page. C’est là que nous nous tenons avec les « grands précaires », et parfois les « jeunes extra-ordinaires ».
Mais qu’en est-il enfin pour les professionnels, comment y être quand ils sont eux-mêmes pris dans la précarisation de leur propre vie et/ou de leur travail notamment, dans des institutions qui se délabrent, des équipes qui se rétrécissent faute de postes ou de candidats pour les occuper du fait des conditions de travail ou de l’absence de moyens ? Si on est soi-même « catastrophé », happé par la peur et le trou noir, on ne peut plus ni penser ni agir. Il faut une certaine dysmétrie, (comme dans tout positionnement d’écoute). Il faut avoir soi -même suffisamment d’assises ou des haubans qui permettent de se tenir « au bord du précipice », suffisamment assuré, pour éviter, retenir, remonter un autre, sans soi-même s’y voir précipiter. Vivre dans la catastrophe- dans la tourmente- (et aujourd’hui l’ambiance générale propulse bon nombre de personnes dans la crainte et la « proximité du réel » – comment ne pas se laisser engloutir par anticipation), mais ne pas être dans la catastrophe d’un vécu réel.
Proposition : Arpenter la précarité
Arpenter, prendre la mesure de, pour ensuite pouvoir autant que faire se peut la borner, la limiter. L’arpenter pour barrer la pente des dégringolades et parfois la chute fatale. Essayer de penser, en tâtonnant, à plusieurs, ces questions-là, dans toutes leur épaisseur et complexité, me semble un 1er pas pour prendre la mesure de ce à quoi nous avons à faire, se distancier de diverses manières de ce dans quoi nous sommes pris, et garder, « sauvegarder » la capacité de jouer et inventer d’autres musiques et façons « d’y être ». Arpenter la précarité, essayer de la limiter, la border un peu ou en soustraire au moins quelques coins ou recoins quand on ne peut faire plus ?
-Quels haubans suffisamment solides et souples à la fois, pour les personnes, et pour les équipes.
– Quelles inventions aujourd’hui pour délimiter, parfois temporairement au moins- les effets de précarité. Faire des brèches, des coupes, coupures, interruptions…inventer, fabriquer des endroits plus stables, où il serait possible de faire halte, se ressourcer, sortir d’un engloutissement mortifère. …Quelques lieux où poser pied sans craindre que le sol ne se dérobe (s’il est encore possible de faire confiance). Des espaces où l’on pourrait être sûr de ne pas mettre le pied sur une mine antipersonnelle. Des lieux de halte, des lieux d’hospitalité, encore et toujours.
– Mais pour ce faire, quelles communautés négatives de professionnels sans communauté inventer ?[22] Des nouvelles « communautés » hors institutions quand elles ne font plus leur job, quand « pratiquer l’inhabitable est un exercice collectif, car pratiquer l’inhabitable en solitaire est mortel »[23] .
Sylvie :
Précarisation : processus sociopolitique ? subi, organisé, décidé, +/ – rapide : d’où ça viendrait ? de soi, des autres, de l’organisation sociale, du fait de chaos comme les guerres …
[1] Jean Oury, l’Aliénation, éd. Galilée,1992[2] Sylvie Quesemand-Zucca, « Remarques d’une psychiatre-psychanalyste sur les défis que pose la grande exclusion » dans « clinique psychanalytique de l’exclusion », éd Dunod, 2012
[3] Paolo Virno[3] parle de l’animal humain comme une espèce caractérisée par la néoténie, ou (par l’absence d’orientation instinctive du comportement dans son environnement, et qui doit donc s’adapter à ces conditions. L’adaptation à ces conditions a, pour Virno, un fondement principal, sinon unique : « la faculté du langage, qui a ceci de remarquable qu’elle ne manque pas de rétroagir sur ces conditions ».in « Avoir. Sur la nature de l’animal parlant », éd.de l’éclat, 2021
[4] Reine Cohen, in « Les nouveaux cahiers de la folie », N 14, éd. Epel, octobre 2024
[5] R.Barthes, « Le Neutre », chapitre sur le principe de délicatesse, éd Seuil, 2023
[6] Jueguetes Perdidos, intervention colloque 2018, Jornadas Movimientos Minoritarios – Visa-Vie
[7] Laurent Ott, « Philosophie de la Précarité, Sortir de l’Impuissance », éd. Chronique sociale, 2019
[8] Laurent Ott, op cité.
[9] Roland Léthier, Les Stratégies de Survie, site visa-vie.com
[10] Laurent Ott, op cité
[11] Sylvie Quesemand-Zucca, op cité
[12] « En quelque sorte, le sujet, après un vécu particulièrement dur, soumis à de trop fortes exigences de survie, « choisirait », par défaut, d’organiser ce qui lui reste de pulsion de vie dans la gestion de l’immédiateté, rejetant tout affect risquant d’être associé à une pulsion mortifère l’empêchant de se battre au quotidien de sa « nouvelle » vie ; mais du même coup, il se met en risque de renoncer en quelque sorte à lui-même, laissant au placard tous les aléas de la subjectivité, qui fait de l’humain un être en proie à ses contradictions, ses divisions, ses doutes, en dialogue avec ses fondations, pour y substituer l’anesthésie psychique de l’alcool et la déchéance physique progressive ».S.Quesamand-Zucca article op cité
[14] Sonia Weber Intervention Octobre 2023, Cordoba , Petites histoires de rencontre, site www//visa-vie.com page franco-argentine.
[15] Roland Léthier, Quelles ruptures et Stratégies de Survie
[16] Jean Allouch, La scène lacanienne et son cercle magique, Chapitre Laissez tomber les enfants, éd. Epel 2017
[17] Séminaire la Ballade des Innocents, site www :visa-Vie.com , toutes ces questions ont été longuement développées
[18] Séminaire la Balade des Innocents, séance 30 mai 2015 et séminaire PrécaireT’, séance 8 février 2025.
[19] Sables mouvants : (Géologie) Zones de sol en apparence ferme mais dans lesquelles on s’enlise, parfois dangereusement, lorsqu’on s’y engage. (Sens figuré) Situation périlleuse où une action mal à propos peut envenimer les choses. Le réel enjeu n’est donc pas de garder la tête au-dessus du sable, mais plutôt de se dégager avant que la marée ne remonte. Maintenant, comment s’en sortir ? Même avec une liane sous la main, il est difficile de s’extirper du sable mouvant humide. La force avec laquelle il faudrait tirer équivaut à celle nécessaire pour faire avancer un minibus ! Heureusement, en tournant doucement ton pied pour faire circuler l’eau, il est possible de diminuer la succion qui te retient prisonnier. Mieux vaut donc garder son calme et essayer de s’étendre en position allongée pour faciliter la sortie. Rien ne sert de s’agiter !
[20] Roland Barthes, op cité.
[21] Herman Melville, Bartleby paru la 1ere fois en 1853
[22] Georges Bataille a appelé « la communauté négative : la communauté de ceux qui n’ont pas de communauté».
[23] Roland Léthier, Arpenter l’Inhabitale, site visa-vie.com